Vers un parc immobilier adapté et contextualisé

Livre Blanc sur la Pénitentiaire

L'exercice confié à Jean-René LECERF et aux experts désignés pour la rédaction du livre blanc, visant à accompagner le programme immobilier annoncé par le ministre de la justice, s'avère relativement ambitieux et ce dans des délais relativement contraints.

Définir une doctrine architecturale rompant avec une conception industrialisée et standardisée des établissements, pour s’adapter à l’objet de l’établissement (lieu de détention et de travail pour les personnels), aux types d’établissement (quelle architecture pour les Quartiers de Préparation à la Sortie...), en tenant compte des exigences de maîtrise budgétaire et d’optimisation de la dépense publique (en investissement, en ressources humaines et en budget de fonctionnement).


Une doctrine architecturale ne peut être circonscrite sans que soit définie en amont une doctrine assumée et revendiquée de prise en charge de la population pénale, adossée au sens de la peine, à une politique pénale claire (pour les personnes condamnées), aux questions de sécurité (pour l'ensemble des personnes incarcérées) prenant en compte l'évolution de la population pénale (nombre croissant de personnes présentant des troubles psychiques, détenus violents et grands violents, profils radicalisés de droit commun ou TIS etc...) , la nécessité impérative de garantir et revendiquer une action apaisée du personnel en faveur des deux grandes missions qui lui sont confiées : la sécurité et la prévention de la récidive.


Concernant la maîtrise de la dépense publique, cette question ne peut être envisagée sans que soit évoqué le développement massif des PPP et autres contrats divers de gestion déléguée qui, s'ils présentent l'avantage de permettre de répondre au besoin immédiat de construire des prisons, présentent les inconvénients de la charge financière. Les établissements à gestion publique devient les variables d'ajustement au sein des Directions interrégionales. Les bâtiments seront-ils encore en état de fonctionnement en fin de PPP ?


En ce qui concerne les QPS, une architecture ne peut être définie que si la doctrine de prise en charge est clairement déterminée, avec le périmètre du public ciblé, des objectifs clairs assignés, la question de l'adhésion de la population pénale et la posture institutionnelle en cas de refus assumée, les moyens alloués, la reprise de certains bâtiments préexistants ou pas, etc.

Aussi, et de façon générale, serait-il utile de redéfinir en lien avec l'agence publique pour l'immobilier de la justice ( APIJ ), les nécessités (organisation de l'espace, nombre de places QD, QI, anticipation
des menaces à venir de type drones etc.) qui dépassent le simple cadre du NPI et qui s'inscrivent dans une dynamique particulière, la construction d'un établissement pénitentiaire ne pouvant en rien s'apparenter à la construction d'un palais de justice par exemple.


Nous ne pourrons définir une doctrine architecturale que dans un contexte d'orientation de politique pénale stable.

 


Contribution de FO-Direction

 

CONSTRUIRE LA PRISON

 

Activité et vie quotidienne en détention

 

La nature des activités en détention est assez disparate (culte, culture, formations, travail, activités sportives ...) et remplit des missions différentes selon les publics incarcérés. Dans ces conditions, un établissement pénitentiaire doit trouver le bon équilibre entre le type d'activité et le sens que le pouvoir politique entend donner à la peine, entre d'une part la fonction rétributive de la peine (avec la reconnaissance de la place de la victime) et la fonction d'insertion de la peine (assimilation des règles du contrat social).

Plusieurs constats préliminaires doivent être pris en compte pour mesurer l'équilibre entre les activités :

  1. La durée d'incarcération relativement faible en maison d'arrêt et le flux important entre arrivants et sortants implique une insertion courte dans des activités soit volatiles soit de durée limitée.
  2. Le faible niveau scolaire de la population pénale induit un frein structurel à l'insertion durable sur un marché de l'emploi hautement qualifié contemporain. Pour la plupart des personnes détenues
    avant de parler de réinsertion, il faut donc parler d'insertion durable dans l'emploi.
  3. La faible valeur ajoutée en terme de compétence professionnelle des activités de travail en maison d'arrêt sur le marché du travail.

Dans ces conditions, il nous semble préférable d'appuyer plus fortement :

  1. D'une part, sur les activités à forte capacité d'insertion et de renforcer pour cela la place de l'éducation nationale et de la formation professionnelle (y compris l'apprentissage du permis de conduire) en substitution du travail non qualifiant et purement occupationnel.
  2. D'autre part, sur la place de la santé publique en établissement compte tenu du nombre important de pathologies constatées au sein d'une population pénale souvent démunie et éloignée du système de santé somatique ou psychiatrique.
  3. Enfin, mettre en place des bureaux connectés (internet sécurisé) permettant de faciliter le travail des acteurs extérieurs (assistants sociaux, pôle emploi, Mission locale, Police...).
  4. Pour ce qui concerne les activités sportives et culturelles, il semble important de développer des salles mutualisées de taille suffisante de nature à accueillir un nombre de détenu raisonnable tout en tenant compte des problématiques de sécurité.

 

En ce qui concerne les QPS :


La création de quartiers spécifiques doit être réfléchie bien en amont en terme de besoin et non seulement sur l'espoir d'avoir trouvé une bonne idée. Plusieurs reproches sont à faire : la multiplication des quartiers spécifiques est coûteuse en terme de RH et n'assure pas toujours le résultat attendu, par ailleurs rarement évalué (cf. QNC).

Compte tenu de la durée relativement faible du temps d'incarcération, le passage dans un QPS est-il fondamentalement justifié ? Les personnes détenues ont-elles vraiment perdu le sens des réalités en quelques mois de détention ? Des QPS ne devraient-ils pas être plutôt expérimentés dans des centres de détention ou des maisons centrales pour préparer la sortie de personnes qui ont été écartées pendant une longue durée de la société ?


De la même manière que les régimes Respecto® s'affranchissent du régime différencié (absence de débat contradictoire pour chaque sortie du régime, trop de turn over, sentiment d'insécurité des agents, place des caïds dans la détention) bâti sur une véritable contractualisation des relations personnes détenues – AP, il nous semble préférable de réfléchir longuement et bien en amont à un modèle de quartier inexistant avant d'en trouver un financement ! Dans les mêmes termes, que dire de l'expérimentation quasi généralisée des quartiers vulnérables dans les établissements pénitentiaires qui ne garantissent malheureusement pas leur objectif par manque de salles d'activités (au même titre que les quartiers mineurs) ?

La Sécurité et protection des personnes :

  • La question des mouvements en détention doit être une clé principale de lecture afin de garantir le sentiment de sécurité dans l'établissement. Dans ce cadre, la multiplication des quartiers de détention, telle qu'elle est envisagée, impose une réflexion globale et architecturale pour éviter les risques lors des mouvements importants de personnes détenues vers les activités.
  • La dimension du glacis et des murs doit être adaptée afin d'éviter les projections et les évasions : cours de promenades empêchant les escalades.
  • Envisager la mise en place de systèmes de cartes d'accès ou de systèmes de biométrie permettant de contrôler de manière passive la circulation des personnes détenues.
  • Existence d'un quartier arrivant corrélé au flux réel des personnes détenues sur la zone territoriale compétente, création d'un quartier vulnérable séparé disposant d'une cour de promenade séparée et protégée et de salles d’activités. Ces deux quartiers et le quartier mineur éventuel doivent disposer d'un accès séparé et privilégié à l'unité sanitaire.
  • Placement de la zone armurerie hors détention et hors PEP.
  • Envisager une borne tactile en cellule permettant à la fois de téléphoner, de commander ses cantines, d'enregistrer ses parloirs, de faire ses demandes (travail, activités …).
  • Système de lutte anti-drones. A ce titre, il convient de développer l'utilisation de drones pour améliorer notre couverture de surveillance des lieux de rassemblement extérieurs en détention voire de l'emprise foncière du domaine pénitentiaire.
  • Envisager le positionnement des vestiaires des intervenants et personnels avant les dispositifs de contrôle de la porte d'entrée de l'établissement.
  • Système d'écoute des cabines parloirs permettant l'application de l'article R 57-8-15 du CPP, aujourd'hui inapplicable.

 

RECRUTER ET FORMER DES PERSONNELS

 

1. Penser l’avenir de l’École nationale de l’administration pénitentiaire, en particulier le rapport unité-unicité géographiques et fonctionnelles de l’ENAP (nouvelles technologies ; organisation des parcours de formations initiale et continue ; adaptation aux nouveaux métiers, etc.).

Le contenu et l'évolution des formations dispensées à l'ENAP font l'objet de nombreux points à l'ordre du jour des Conseils d'Administration.
Le recul amorcé de la formation continue dispensée à l'ENAP, qui s'explique en partie seulement par l'augmentation exponentielle des élèves en formation initiale, pose la question de l'avenir de la formation continue pour les personnels, alors que celle-ci constitue pour eux un droit tout au long de la vie, reconnu par la loi.
De plus, la venue à l'ENAP de tous publics ne permet pas d'accueillir tous les personnels dans des conditions satisfaisantes, d'autant plus que le nombre d’agents spécialisés à former ne cesse d'augmenter (PREJ, ELAC, brigades cyno, ERIS…). Les conditions d'apprentissage sur place quand les personnels formés sont à deux en chambre ne sont pas facilitées, en développant une similitude regrettable avec la population pénale. L'ENAP n'est clairement plus en capacité de continuer à former tous les personnels de tous les corps, quels que soient les corps et les fonctions, et ce en formation initiale et continue.

L'ENAP doit se recentrer sur ses missions et garder son cœur d'action avec la prise en charge des formations initiales. L'accroissement des recrutements et des vacances de postes encore existantes permet de penser que les besoins vont aller en s'accroissant.

→ Proposition : lancer les études relatives à la construction d'un 4ème village sur l'ENAP.


L'entrée de l'ENAP dans l'ère des nouvelles technologies est indispensable en tant qu’Ecole Nationale de la Fonction Publique d’État. L’accès à internet sur le campus, de manière gratuite et illimitée, évoqué à chaque CA, doit enfin être réalisé. L’accès à des cours de formation sur une plate forme d'enseignement en format numérique (MOOC) est indispensable et pertinent au regard de la masse pédagogique à former.

De la même manière, des modules de formation d'e-learning peuvent permettre des formations en ligne à ceux qui le so haitent sur des temps mis à disposition des personnels en établissement pour se former sur certaines thématiques (informatique, réglementation, actualisation de connaissances..), avec un système de tutoriels, et sans déplacements coûteux et chronophages sur l'ENAP. Cela permettrait de compenser la baisse du taux de formation continue avec une sollicitation des formateurs locaux sur le suivi et l'organisation de ces plateformes de connexion.


→ Proposition : mettre en place un équipement d’accès gratuit et illimité à un fournisseur internet sur le campus de l'ENAP de manière à placer tous les documents pédagogiques sur une plateforme d'enseignement.


→ Proposition : mettre en place des formations en e-learning en formation continue de manière à compenser la baisse de la formation continue et à organiser la formation en terme de disponibilité des agents et de tutorat.

De plus, les formations continues traditionnelles pourraient être reprises partiellement par des structures de proximité au niveau des pôles de formation rattachés aux DISP. En effet, l'éloignement géographique de l'ENAP ne permet pas de rentabiliser le déplacement aller-retour pour une formation d'une seule ou deux journées. Selon le type de formation, une déconcentration locale ou interrégionale serait plus adaptée. Quant aux formations s’adressant à un public diversifié et portant sur des thématiques de politiques publiques, celles-ci peuvent également être organisées en région, donc hors site de l’ ENAP, « hors les murs », avec un co-pilotage pédagogique coordonné par la direction de la formation continue qui retrouverait sa raison d’être au sein d’une grande Ecole.

L'évolution des schémas familiaux contemporains, avec l'accroissement des parents célibataires isolés avec enfants, ne permet pas à certains personnels d'effectuer de tels déplacements. La réflexion consiste à organiser des formations pour les professionnels en exercice au plus près du lieu d'exercice de leurs fonctions.

→ Proposition : diversification et intensification des sessions de formation continue auprès des Pôles de formation, en prévoyant des infrastructures adaptées, et le cas échéant mutualisées à vocation interrégionale. Réinventer le pilotage de la formation continue.

 

2. Rendre attractifs les métiers de l’administration pénitentiaire

Au vu du nombre de postes vacants, l'attractivité des postes, tous corps confondus, apparaît comme une priorité qui peut être analysée selon plusieurs points de vue :

Du point de vue du recrutement : l'ENAP est la seule Ecole publique à ne pas avoir pour compétence l'organisation et la maîtrise du processus de recrutement. Les concours nationaux sont organisés et centralisés par l'Administration Centrale. Or, du fait de difficultés économiques et familiales structurelles, la mobilité dés lors qu'elle implique un éloignement familial, une perte de travail du conjoint, des frais de déménagement, est un véritable frein pour susciter des vocations.

→ Proposition : régionaliser le concours d’accès au métier de surveillant. L'organisation du concours serait confiée aux pôles de formation au sein des DISP. Assurés de rester au sein de leur région d'origine, les candidats ne seraient plus freinés par ce qui leur apparaît comme le principal obstacle au recrutement.


Du point de vue de la carrière : L'ENAP a mené une étude explicite et complète sur le départ des CPIP au cours de leur carrière. Le dernier CA de l'ENAP a abordé ce point à son ordre du jour. Or, il est nécessaire d'identifier pour chaque corps l'étendue des désaffections ainsi que leurs causes afin de pouvoir agir à la source. Il s'agit parfois d'un manque de reconnaissance ou plus sûrement de conditions d'emploi désavantageuses au vu des parcours universitaires antérieurs.

→ Proposition : revoir les statuts particuliers de chaque corps et les régimes indemnitaires, afin de permettre une attractivité financière des postes.

→ Proposition : établir des études sur chaque corps de l'Administration Pénitentiaire et chaque lieu d'exercice (DAP, DISP, ENAP...) par la direction de la recherche de l'ENAP, de manière à identifier l'étendue, les causes et les destinations des départs.

Concernant les personnels administratifs, qui peuvent décider de leur affectation au sein de toutes les Administrations de la Justice (SPIP, TGI, PJJ...) avec une gestion par le Secrétaire Général, il est urgent de permettre des avantages réels liés à une affectation sur un établissement pénitentiaire.

Souvent excentrés ou positionnés sur des zones non facilités par des moyens d’accès, proposant un travail dans des conditions d'urgence, ces postes sont peu attractifs et les vacances d'AA et de SA
se multiplient dans les services administratifs.

L'emploi de contractuels permet certes de pallier cette absence temporairement. Or, des services administratifs avec des postes vacants (greffe, régie, économat, cantines, ressources humaines..) constituent un handicap sérieux pour les établissements pénitentiaires et peuvent conduire à de graves dysfonctionnements dans la prise en charge des personnes détenues.

→ Proposition : envisager un système de primes et de garanties en établissement pénitentiaire pour les corps des AA et des SA qui compenserait les contraintes liées à l'exercice d'un poste, de manière à stopper l'hémorragie vers les autres Administrations de la Justice. Faciliter l'accompagnement du conjoint des cadres mutés par nécessité statutaire (DSP par exemple) lorsque celui-ci est un personnel administratif.


3. Penser la relation entre les personnels et les personnes détenues ; renforcer l’autorité des personnels pénitentiaires

La relation des personnels et des personnes détenues peut être améliorée de manière qualitative en lui donnant un contenu diversifié et en permettant de dépasser la fonction purement alimentaire de cet emploi. Ainsi, le surveillant doit pouvoir accroître ses possibilités d'initiative et de décision envers la personne détenue, comme les postes en quartier arrivant ou dans des parcours identifiés ont permis de le faire.

Notamment en :

  • ayant accès à diverses informations sur la personne détenue de manière à pouvoir lui répondre directement.
  • devenant référent d'un thème en particulier de manière à rajouter une spécialisation et un moyen de reconnaissance au sein de ses fonctions généralistes (ADP, tuteur , renseignement..).
  • mettant en place des programmes de spécialisation au sein de secteurs déterminés qui permettent à chaque surveillant de se former sur la thématique.
  • référençant tous les surveillants pour être détenteurs d'un « secteur de référence et de spécialisation ».

→ Proposition : aménager des espaces d'activités et des secteurs spécialisés permettant de développer les activités des personnes détenues en développant des surveillants référents.

Il est également nécessaire d'apporter un soutien fort aux personnels de surveillance, en difficultés sur des coursives sur-occupées et face à des personnes détenues violentes.

Pour ce faire, il s'agit dans un premier temps de systématiser les procédures judiciaires et disciplinaires fortes, en réponse aux agressions de personnels en adaptant les textes dans ce domaine.

Lutter contre l'idée prégnante, notamment parmi nos partenaires judiciaires, que « le monde carcéral étant par nature violent, toute violence en son sein n'est pas un événement méritant une attention particulière », alors même que c'est une priorité ! Faire visiter les structures aux magistrats et systématiser des éléments de langage visant à développer l'idée que « la prison est le dernier lieu où les lois de la République seront encore appliquées ».

→ Proposition : systématiser des réponses disciplinaires et pénales fortes aux agressions de personnels et communiquer auprès de l'autorité judiciaire sur la nécessité de politiques pénales volontaristes en prison en soutien des politiques internes.


→ Proposition : sécuriser les agents par la dimension managériale des cadres et l'accompagnement des jeunes recrues, par la sécurisation technique et juridique des actes professionnels tracés et encadrés, par la responsabilisation des cadres intermédiaires et supérieurs (a ne pas opposer à la systématique traçabilité de tout acte et geste professionnels).

Dans le cadre de la procédure disciplinaire, les textes actuels ne permettent pas à une sanction disciplinaire de s'appliquer lorsqu'un avis du médecin préconise la levée de la sanction. Cette disposition de l’art. R.57-7-31 du CPP place les médecins des unités sanitaires dans un positionnement très délicat, supportant seuls toutes les pressions visant à échapper à l'application de la sanction.

→ Proposition : abroger l'article R. 57-7-31 du CPP qui permet des sorties du QD par motif médical afin de conserver la crédibilité des sanctions prononcées et la nécessité de soutenir les personnels de surveillance.
Le Livre Blanc doit alors reconsidérer et repenser les équipements et l’aménagement des cellules de QD, qui permettront l’exécution des sanctions en toutes circonstances.


→ Proposition : l'emploi de la CproU doit pouvoir être augmenté à plus de 24/48h en cas de crise ou de risque suicidaire avéré, sur décision du CE. Une crise suicidaire ne cessant pas au bout de 24h, l'emploi jusqu'à 5 à 7 jours de la CproU peut s'avérer pertinent, dans l'attente de libération d'une place en SMPR, en UHSA ou en CMP.


La multiplicité des incidents ne permet pas de mettre en œuvre systématiquement des procédures disciplinaires, au vu des exigences procédurales fortes. La pratique des Mesures de Bon Ordre (MBO) dans les EPM et les quartiers mineurs a fait la preuve de son efficacité. Etendre ce dispositif au quartier majeur (avec les jeunes majeurs) avec des réponses immédiates et adaptées aux actes d'incivilité aurait pour conséquence de renforcer l'autorité des personnels.

→ Proposition : développer et former les personnels à des réponses immédiates dans le cadre de mesures infra-disciplinaires qui permettent de gérer tous les actes d'incivilité quotidiens. Prévoir des secteurs sans équipements de télévision, avec des activités choisies, de manière à différencier les régimes en fonction du comportement des personnes détenues.

Il est constaté un déficit de connaissances des personnels sur la gestion d'un incident violent.

Se retrouver seul sur une coursive face à certains individus rodés à la bagarre de rue transforme toute intervention physique pour vaincre une inertie ou une résistance en une opération dangereuse, entraînant souvent des accidents de travail. En plus des formations GTI non suffisantes, l'accent doit être mis sur les interventions non préparées qui ont lieu sans s'y attendre. Les personnels doivent être formés physiquement à se placer en sécurité et à agir de manière à neutraliser les velléités de la personne détenue, et ce régulièrement.

→ Proposition : prévoir dans tous les établissements un secteur avec une cellule et une coursive de formation et de simulation de manière à pouvoir former les personnels sur place en établissement aux gestes d'intervention.

 

L'INTEGRATION TERRITORIALE DE LA PRISON

 

Intégration dans les territoires : Inscrire la réflexion dans un véritable projet d'aménagement du territoire : transports publics, accueil des personnels et de leur famille, adaptation de tous les services de l’État aux besoins (outre les personnels pénitentiaires de surveillance et d'insertionprobation attachés aux établissements, le développement des équipes de sécurité pénitentiaires nécessaires, les moyens des juridictions, les moyens des forces de sécurité intérieure, le soutien médical somatique et psychiatrique, etc.).

1. Préparer le déploiement territorial des 33 nouveaux établissements par une politique volontariste auprès des élus et des préfectures :

  • Y associer les personnels pénitentiaires (niveau local ou DISP / DAI ou mission dédiée NPI) en lieu et place ou en complément de l'APIJ pour donner une facette plus professionnelle (et moins technique) à la préparation du projet.
  • Éviter les implantations dans des déserts ruraux ou des sites inadaptés en terme d'accès multimodaux, de projection sanitaire, de proximité judiciaire ou des supports FSI.
  • Asseoir un maillage territorial cohérent au regard des densités de population et des capacités d'accueil (syndrome programme 13000).

 

2. Prévoir une conception architecturale intégrant des normes environnementales modernes :

  • Dans la construction : durabilité des matériaux / écologie des matériaux
  • Tri des déchets : sécurisation des destructions (papier notamment) / traitement des déchets verts, tri des déchets en et hors détention...
  • Consommation énergétique intégrée (géothermie...) permettant le cas échéant une autonomie totale ou partielle de production énergétique (électrique et chauffage) : sécurisation des coupures électriques / transfert vers le groupe électrogène de secours.
  • Développement de zones vertes de production en établissements sur une emprise foncière interne à l'enceinte ou au domaine (dans une zone attenante au glacis par exemple) selon le degré de sécurité de l'établissement : serres, potagers...
  • Prévoir des formations diplômantes ou des titres pro. afférent à l'aménagement paysager, à la gestion écologique de micro-cultures adaptées...

 

3. Anticiper / accompagner l'implantation sociale des personnels nouvellement affectés, notamment en métropoles régionales (coût de la vie, places dans les institutions et infrastructures pédagogiques...) :

  • Une politique volontariste d'accompagnement à l'habitat (acquisition, construction, location)
  • Un support technique dédié à l'aide d'insertion (ou de transition) à l'emploi du conjoint.
  • Un accompagnement sur l'inscription scolaire des enfants / la garde des jeunes enfants / réservation de places en crèche.
  • La facilitation des accès par des transports propres, communs et multimodaux (transport en commun, organisation du covoiturage et correspondance des horaires de travail, moyens écologiques de transports, logistique d'accueil pour véhicules propres : parc à vélo sécurisé, bornes de recharge électrique...)


4. Organiser l'intégration ou le renforcement du partenariat administratif, judiciaire et territorial :

  • Rendre visible la place de l'établissement pénitentiaire dans le paysage administratif territorial (départemental / régional) : officialiser la place des CE comme support partenarial dans certaines réunions stratégiques organisées par les préfets (EMDS, ROP, radicalisation...), les Conseils départementaux (aménagement du territoire) et régionaux (formation professionnelle...).
  • Renforcer le partenariat avec les services institutionnels traditionnels : Éducation Nationale, Services de santé, Pôle emploi...
  • Harmoniser les politique pénales de gestion des incidents en détention par la définition de protocoles signés entre les PR/Pdt TGI et CE. Institutionnaliser les visites de magistrats nouvellement affectés sur les structures pénitentiaires.


Sur un tout autre angle, d'un point de vue de la reconnaissance :


Tous les personnels pénitentiaires souffrent d'une dégradation de leur image dans les représentations collectives. Tous les médias sont porteurs de symboliques négatives et qui marquent des professionnels engagés, du sceau de la calomnie. Il faut assumer une politique de communication volontariste et engagée de la part de la DAP afin de rétablir la vérité chaque fois que les professionnels pénitentiaires sont présentés de cette manière. Il s'agit également de favoriser et d’encourager une évolution des mentalités en présentant dans les médias télévisuels et cinématographiques, une vision moderne et fidèle du monde carcéral. Un partenariat de la DAP avec des sociétés de production pourrait être envisagé, tout comme des droits de réponse au sein de la presse écrite ou la consécration d'une exposition sur ce thème.

Pour une Justice du XXIème Siècle, il est temps que la prison sorte de derrière ses hauts murs et montre le vrai visage moderne de ses personnels et de ses missions, au service de la Nation.

→ Proposition : construire un plan de communication d'envergure sur la prison et ses personnels, médiatique, politique et audiovisuel, dans le cadre de projets partenariaux, de manière à donner aux personnels un cadre d'action symboliquement positif.

→ Proposition : Instaurer un droit de réponse systématique du service communication de la DAP dès lors que les personnels seront présentés de manière caricaturale, afin d'assurer une protection de l'image des personnels.

 

 

FO-DIRECTION

 

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