Interview de Sébastien NICOLAS par Marie HURET, magazine Marianne du 6 au 12 juillet 2018

 

 

SG"En maison d'arrêt, de grands criminels peuvent s'évader assez facilement" par Sébastien NICOLAS, Secrétaire Général FO-DIRECTION

Interview de Sébastien NICOLAS, Secrétaire Général FORCE OUVRIERE DIRECTION, Publiée sur le magazine MARIANNE hebdomadaire du 6 au 12 juillet - Propos recueillis par Marie HURET

Marianne : Rédoine FAÏD s'est déjà évadé avec des explosifs et une prise d'otages en 2013, de la prison de Sequedin. Comment a-t-il pu se faire la belle une nouvelle fois, de manière aussi spectaculaire ?

Sébastien NICOLAS : Sans doute n'était-il pas incarcéré au bon endroit. Rédoine FAÏD n'aurait pas pu s'évader en hélicoptère des maisons centrales de Saint-Maur (Indre) ou de Lannemezan (Hautes-Pyrénées), des établissements hautement sécuritaires avec un personnel aguerri pour la prise en charge de ce type de public. C'est un professionnel du crime. Il en a fait son mode de vie. Ces profils doivent être gérés de manière particulière. L'évasion du Centre Pénitentiaire de Réau montre à quel point les critères d'affectation en prison sont obsolètes.

Il faut privilégier la dangerosité pénitentiaire et utiliser le parc immobilier en fonction de ce critère-là. Alors qu'aujourd'hui, on s'attache, en conformité avec les textes en vigueur, à la catégorie pénale (prévenu ou condamné), la proximité avec la juridiction chargée du dossier et le maintien des liens familiaux. Vous pouvez retrouver en maison d'arrêt des profils de grands criminels qui peuvent s'évader assez facilement.

La sécurité maximale peut-elle être assurée dans des prisons surpeuplées ?

Précisons d'abord que ce scénario spectaculaire est relativement rare. Pour une évasion réussie, mettant en scène organisation et violence, l'Administration Pénitentiaire déjoue de nombreux projets. Mais le risque zéro n'existe pas. L'imagination et l'adaptation des détenus nous font découvrir des failles auxquelles nous n'avions pas pensé...

Les directeurs de prison sont confrontés à la même problématique depuis des années : faire le maximum avec une population pénale de plus en plus nombreuse et des surveillants de moins en moins nombreux. Quand vous arrivez le matin, vous devez parfois pourvoir une trentaine de postes avec une vingtaine d'agents... Un surveillant gère entre 80 et 100 individus.  Au lieu de prendre le temps d'observer les détenus , il court, ouvre et ferme des portes. Plusieurs jours d'affilée, jusqu'à douze heures par jour... Le personnel est épuisé. Nous fonctionnons régulièrement en mode dégradé. Nous faisons remonter en permanence nos difficultés, mais nous sommes écoutés, notamment par le politique, d'une oreille distraite.

 

Que préconisez-vous pour renforcer la surveillance ?

Une évasion, c'est toujours un sentiment d'échec. La sécurité de l'établissement a été mise à mal. La sécurité publique est mise à mal une fois l'individu dehors. Il y a eu quelques améliorations, le renseignement pénitentiaire se professionnalise. Mais beaucoup reste à faire. Nous réclamons l'installation de portiques à ondes millimétriques pour renforcer les contrôles. La formation d'agents spécialisés dans les établissements sensibles pour intervenir en cas d'attaque. Une séance de tir par an - quand l'organisation  du service permet de dégager des temps de formation - ne suffit pas à gérer des évasions spectaculaires. Nous proposons également d'adapter la réglementation à la prise en charge de certains détenus (grand banditisme, public radicalisé et prosélyte...).

La ministre de la Justice , Nicole BELLOUBET, a annoncé 1 100 agents supplémentaires sur quare ans...

Encore faut-il attirer les candidats ! Le taux de participation au concours de de la pénitentiaire est de seulement 30% pour les surveillants, il tombe à 20% environ pour les directeurs des services pénitentiaires. Nous avons rencontré à deux reprises Nicole BELLOUBET et lui avons suggéré l'ouverture d'états généraux car il devient urgent de réformer la prison, ses modalités de prise en charge, le recrutement et la formation de ses personnels. Nous n'avons pas été entendus.

Propos recueillis par Marie HURET pour le Magazine Marianne

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