Je vous dédie cette unité

Jimmy DELLISTE sur Canal PlusSi les plus optimistes d'entre nous trouveront la période empreinte d'espoir, beaucoup considèreront aussi que la nouvelle Année n'est en réalité rien d'autre que la continuité du temps qui s'écoule. Il nous faut bien admettre que les difficultés ne viennent malheureusement pas s'échouer sur le pont du nouvel An. Elles perdurent quoi qu'il en soit si elles ne sont pas appréhendées à leur juste mesure.

2015 s'est achevée dans la douleur. Elle restera sans nul doute comme une année de référence et de prise de conscience car il faut bien l'admettre, plus rien ne sera jamais comme avant.

Lorsque je relis nos multiples contributions, je ne peux que déplorer cette volonté farouche de battre en brèche et de banaliser la parole des DSP que je représente.

La comédie avait débuté rappelons-nous avec la conférence de consensus. Notre organisation avait largement exprimé auprès de la Ministre de la Justice sa désapprobation sur la méthode employée à l'époque, au détriment des difficultés de nos détentions. On préféra ne pas écouter les professionnels de terrain et se maintenir dans le dogme de la bien-pensance. Force est de constater à la lecture des
chiffres hebdomadaires de sur-occupation de nos Maisons d'Arrêt, que le choix était probablement pertinent ... mais alors certainement dans un futur très très lointain. "La prison favorise la récidive" nous disait-on. Alors de deux choses l'une : soit la lutte contre la récidive n'est pas la priorité de la magistrature, soit la contrainte pénale et la libération sous contrainte ne sont pas (encore) les solutions idoines à notre surpopulation carcérale.

Malheureusement, les séismes se sont succédés avec rappelons-nous, l'évasion spectaculaire de Faïd Redouane à Lille-Sequedin mais aussi avec tristesse et horreur, avec les actes de terrorisme en France et en Belgique, actes dont les auteurs sont connus des services pénitentiaires.

Plan de sécurisation des établissements pénitentiaires, Plan de lutte antiterroriste 1, plan de lutte antiterroriste 2. Les crédits et les réponses institutionnelles s'imposent finalement une fois de plus et comme toujours en réaction aux événements. Une fois encore, on multipliera les groupes de travail et les missions parlementaires où chaque décideur viendra tenter de chercher l'écho de sa propre vérité.

On se souvient toutes et tous de la polémique engagée autour de la création de l'Unité Dédiée mise en place fin 2014 par la direction du CP de Fresnes. Cette unité créée en vue de lutter contre le prosélytisme à l'initiative du chef d'établissement s'est d'abord vu affublée de tous les maux pour finalement servir de bouée de sauvetage place Vendôme. Toutes les autorités administratives, judiciaires et indépendantes, viendront s'interroger sur la pertinence de cette initiative jugée de façon péremptoire, trop artisanale.

Aujourd'hui, un des sujets prégnants de ce début d'année concerne pourtant l'ouverture politique et médiatique de 5 unités dédiées dans 4 établissements. 2 unités d'évaluation et 3 unités de prise en charge. Les artisans Fresnois avaient peut-être vu juste, finalement.

Si FO-Direction salue l'initiative, nous demeurons sensiblement circonspects devant l'empressement de faire, pour montrer que l'on a fait. Nous ne pouvons nous inscrire dans ce principe d'affichage alors même que nous savons que certaines de ces unités ne seront dans un premier temps que des coquilles vides de sens, et surtout de personnels volontaires et formés.

Sans sous-estimer l'engagement de la DAP sur cette problématique d'endoctrinement, nous sommes relativement perplexes sur l'ouverture de ces structures alors même que les effectifs globaux de ces établissements sont encore extrêmement problématiques. Nous pourrions faire le même parallèle avec la création progressive des ELAC alors même que les effectifs de référence avant création ne sont
même pas atteints.

Quelques questions subsistent quant à l'angle d'attaque de la prise en charge des publics radicalisés ou en voie de se radicaliser. Celle-ci nécessite à tout le moins d'être coordonnée par du personnel formé et qui ne saurait s'inscrire dans le jugement. L'approche par la lutte contre les comportements violents serait par ailleurs une erreur au regard des connaissances actuelles des comportements extrémistes radicaux et de l'attitude des auteurs. L'état d'urgence dans lequel nous nous trouvons actuellement doit nous donner la force de faire les choix qui s'imposent.

Il est grand temps que le pragmatisme l'emporte sur le dogmatisme tant apprécié par quelques-uns. Dans le cadre de son projet de doctrine de prise en charge des personnes détenues en unité dédiée, la volonté affichée est de rendre obligatoire l'inscription au programme de dé-radicalisation des personnes détenues concernées. C'est très courageux et plutôt adapté. Mais sur quelle base légale
tout ceci va-t-il reposer ? Si l'idée est de s'appuyer sur des modalités de prise en charge de nos publics à l'instar de ce qui ce passe dans les prisons anglo-saxonnes où chaque détenu est obligatoirement inscrit dans un programme adapté à sa problématique criminelle ou délictuelle, ne nous privons pas de le faire en France en modifiant notre code pénal. FO-Direction s'est également déjà positionné sur ce
thème.

Dans les jours qui viennent, nous allons participer à la rédaction de notre prochain statut. FO-Direction sera extrêmement vigilant. Nous n'accepterons pas que celui-ci vienne une nouvelle fois duper le corps et laisser pour compte certains d'entre nous. Si cette évolution tend à tirer le corps d'encadrement supérieur de l'administration pénitentiaire vers le positionnement statutaire qui doit être le sien, nous ne nous laisserons pas emmener dans une nouvelle impasse.

Nous ne céderons pas aux annonces renouvelées de la banalisation des organisations syndicales (fussent-elles de DSP) dans les différentes instances telles que les CAP ou Comités Techniques.

Nous resterons par ailleurs attentifs à la prise en considération des problématiques de mobilité du corps. La charte de mobilité voulue par la DAP devra être le reflet de l'ensemble de ces problématiques.

Vous pourrez une fois de plus compter sur notre engagement et sur notre volonté de transparence par tous les moyens modernes mis à notre disposition.

Je tiens en ce début d'année 2016 à rendre hommage à l'ensemble du personnel pénitentiaire sans qui notre institution ne serait que l'ombre d'elle-même et salue l'implication et la fierté de servir l'Institution de toutes les directrices et directeurs des services pénitentiaires.

Jimmy DELLISTE
Secrétaire Général
Syndicat National Pénitentiaire FORCE OUVRIERE-Direction

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