Renseignement pénitentiaire : "Tout est à faire" selon le Ministre

 

Sous l'ère de la précédente ministre, le renseignement ne devait pas avoir sa place au sein de la DAP. Il était politiquement incorrect que le personnel puisse se voir affublé d'une telle volonté de servitude à l'Etat en ce domaine. "Vous vous rendez-compte ? Mais que vont penser les détenus en voyant le surveillant leur ouvrir la porte si nous entrons dans le deuxième cercle du renseignement ?" disait une conseillère de la Garde des Sceaux en 2015... "Et que dire de l'interaction du ministère de l'Intérieur sur la pénitentiaire" ajoutait-elle, inquiète !

Bref, le versus administratif de la chose semblait rebuter les cabinets de la DAP et de la Chancellerie, fort marqués de l'empreinte des services judiciaires. "On va nous demander des choses que nous ne saurons pas faire dans les délais impartis parce que nous manquons de formation" nous disait-on à l'époque, rue du Renard.

Pourtant le Bureau du Renseignement pénitentiaire (BRP) existait bien, depuis plus de 15 ans ! Et sa production écrite était qualitativement et quantitativement reconnue, jusqu'à l'international (coopération avec l'Espagne dans le gestion de l'ETA, pour ne citer que cela).

► Il existait bien des rapports à en-tête du BRP : notes d'ambiance, notes de problématique jusqu'à ce que la DAP ait clairement exigé la disparition de ce papier à entête spécifique.

Malheureusement, ces rapports étaient bien souvent expurgés des éléments les plus importants avant toute transmission au cabinet du Garde des Sceaux et plus particulièrement des analyses et perspectives réalisées par le Bureau.

► Une lettre du renseignement était diffusée à l'ensemble des services déconcentrés tous les 2 mois, cette lettre à diffusion thématique permettait de donner une perspective sur un point particulier d'actualité relatif au Renseignement Pénitentiaire (criminalité des pays de l'Est, radicalisation des publics, mafia albanaise...).

► Des rapports d'ambiance ont toujours existé, notamment sur les corses ou les basques.

► Des outils sur la radicalisation visant à des remontées d'information en provenance du terrain étaient mis en place depuis quelques années déjà, avant même les vagues d'attentats des dernières années.

► Souvenons-nous également du projet initial de réorganisation de la DAP qui avait exclu le bureau du renseignement lors de la dissolution du département EMS dénoncé par FO-Direction dès le début. Il aura fallu les attentats de Janvier 2015 pour maintenir son existence, en prenant conscience tardivement et à l'occasion de ce drame, de l'importance stratégique d'un tel bureau.

Alors, c'est certain, l'on ne dit pas tout si l'on ne transmet pas tout. Il ne faut donc pas s'étonner que les déclarations du ministre de la Justice relèvent aujourd'hui d'une forme de carence orchestrée, au travers de cette polémique sur la gestion du renseignement.

Difficile en effet pour le ministre de recevoir un rapport sous le timbre du BRP dans ces conditions. Et d'autant plus évident pour lui d'en conclure à l'inefficience d'un dispositif aux contours mal définis ou mal présentés à son attention.

De fait, aujourd'hui, le travail des CIRRP commence quelque peu à prendre forme et les retours d'analyses vers les établissements sont intéressants. Pour pouvoir évoluer, le bureau (ou office) central du RP doit pouvoir faire preuve d'un minimum d'autonomie de fonctionnement, sans se faire censurer au gré de l'évolution des politiques de la DAP. Les relations avec les services partenaires doivent pouvoir être fiabilisées sur les plans institutionnel et opérationnel. Les moyens humains doivent être alloués (ce qui est en bonne voie), les locaux et les moyens de communication, de stockage des informations, doivent être sécurisés. La doctrine d'emploi et la définition d'un ordonnancement hiérarchique doivent être clairement définies.

L'angle de la prévention de la radicalisation, de l'endoctrinement et de la lutte contre les actes terroristes sont arrivés comme des missions nouvelles au fil des années. Ils nécessitent une vigilance soutenue et un apprentissage sérieux de la matière. Le bureau EMS 3 en son temps, n'avait pas été créé autour de cette thématique. Depuis, le démantèlement désastreux de l'Etat-major de Sécurité de l'administration pénitentiaire est venu à dessein brouiller les cartes.

Il est très opportun de s'interroger sur la résurgence de ce département avant que son éparpillement (en bureaux ou parfois en unités), déjà entériné au sein des services depuis un semestre, ne conduise au leurre d'une ligne Maginot rapidement débordée dès le premier assaut des adversaires de la République. Nous interpellons le cabinet du Garde des Sceaux à ce titre.

Jusqu'à présent, le BRP n'avait pas le droit d'exister officiellement. Maintenant qu'il devient légitime, il devient urgent de lui donner les moyens techniques et humains d'exprimer ses compétences dans un cadre juridique adapté, encadré et reconnu.

 

FO-Direction

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