Source : Le Nouvel Observateur - Journaliste Céline Rastello

Une trentaine de directeurs de prisons se sont rassemblés mardi près du ministère de la Justice pour dénoncer la surpopulation carcérale et leurs conditions de travail. Reportage.

Mots-clés : sécurité, manifestation, prison, surpopulation carcérale, Christiane Taubira, ministère de la Justice, incarcération, directeur de prison

Mobilisation des directeurs de prison place Vendôme 2013
Manifestation de directeurs de prison près du ministère de la Justice. (C.R. Le Nouvel Observateur)

"Qui sont tous ces petits chapeaux ?", interpelle une passante, peinant à se frayer un chemin entre les manifestants, les journalistes et les parapluies. Mardi 28 mai, à l'heure du déjeuner, une trentaine de directeurs de prison, certains en uniformes, d'autres non, ont répondu présents à l'appel du syndicat national pénitentiaire FO direction. Ils se massent tant bien que mal sur le trottoir d'une boutique chic à l'angle de la rue Danièle Casanova et de la rue de la Paix, dans le 1er arrondissement de Paris, à quelques pas du bureau de la garde des Sceaux. "On aurait préféré manifester devant le ministère, mais on fait avec ce qu'on a", lâche un manifestant un brin dépité. Ceux qui ne s'expriment pas si souvent sont réunis pour exprimer leur "profond malaise", confie Sophie Bondil, du centre pénitentiaire de Toulon-La Farlède, également secrétaire nationale du SNP FO direction.

Une des tâches matinales d'un directeur : calculer le nombre "d'entrants"

Vêtue de son uniforme : tailleur sombre et chapeau, Sophie Bondil déplore "l'absence d'échos et de réponses" de la garde des Sceaux et de l'administration pénitentiaire. Et ce malgré une "situation particulièrement préoccupante." Au premier rang des difficultés rencontrées : le "taux record" d'occupation des prisons, et ses conséquences : hausse des incidents entre détenus et à l'égard du personnel, mauvaise conditions de détention, "incapacité" d'une prise en charge "adaptée" des détenus. Alors que la surpopulation carcérale a atteint début mai un nouveau record historique avec 67.839 personnes incarcérées, l'adjointe à la direction Sophie Bondil rapporte une des premières tâches matinales d'un responsable d'établissement : calculer le nombre de détenus entrants pour gérer au mieux "l'impact" sur la prison, et le nombre de matelas supplémentaires nécessaires. "On gère l'urgence, on gère des flux", se désole-t-elle. "La circulaire Taubira (comportant notamment des consignes favorisant les aménagements de peines et les voies alternatives) n'a pas l'effet escompté."

S'abritant sous le parapluie de sa collègue du Vaucluse, Sophie Bondil regrette aussi "qu'aucune réflexion" ne soit pour l'instant réellement menée, selon elle, sur "le temps de la détention". A ses côtés, de larges lunettes claires sur le nez, Corinne Puglierini, de la prison d'Aiton (Savoie), acquiesce. Elle insiste elle aussi sur "les 56.000 places de prison pour quelques 68.000 détenus." Et dénonce le "frein" du ministère quant à la construction de nouvelles prisons. Sans compter "le personnel à flux tendu, et les moyens humains qui ne suivent pas." Les moyens matériels non plus, ajoute un de ses collègues, qui cite aussi le "problème" des fouilles à corps. A l'instar d'autres syndicats pénitentiaires, le SNP FO direction souhaite voir abrogé l'article 57 de la loi pénitentiaire de 2009 réglementant les fouilles à nu. Des fouilles qui, explique le trésorier du syndicat Patrick Wiart, permettent entre autres de limiter les "parachutages", ou l'introduction de certains objets en prison : "Qu'on puisse au moins en faire après les parloirs ! Sinon, qu'on nous équipe en dispositifs de sécurité adéquats".
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Les incarcérations se poursuivent. Comment faire ?"

"Quelle sera demain la politique de fonctionnement des établissements ?", questionne à son tour le secrétaire général du syndicat, Jimmy Delliste. "Nous avons 11.000 détenus en trop, il faut construire des places de prison. Le choix de la garde des Sceaux est de faire baisser l'incarcération, mais les incarcérations se poursuivent. Comment faire ?" Une consoeur du syndicat FO magistrats, Béatrice Brugère, venue "en soutien", s'agace : "On demande aux magistrats de mettre les détenus dehors et, s'ils récidivent on leur reproche de les avoir laissés dehors...". Emmanuel Poinas, secrétaire général du même syndicat la rejoint : "Plus la situation économique est difficile, plus il est compliqué de proposer et de mettre en œuvre des projets alternatifs. Avec quels moyens ?" Alors que le procès de Tony Meilhon s'est ouvert la semaine dernière à Nantes, il va plus loin : "Depuis Pornic, rien n'est réglé".

"Désarroi, malaise, inquiétude, craintes" sont autant de termes employés mardi par les responsables de prisons présents pour qualifier leur état d'esprit. "Le ras-le-bol est général" assure Bernard Lévy, de la direction interrégionale des services pénitentiaires de la région Paca-Corse. Pour celui qui est secrétaire national adjoint du syndicat, ils sont aujourd'hui "une cinquantaine" dans la rue car la colère "monte depuis un moment" et que "les réponses n'arrivent pas." Se défendant de demander "le développement du tout carcéral", il veut voir construire davantage de prisons, notamment pour permettre de "fermer des établissements trop vétustes". A ses yeux, une circulaire ne suffit pas : "On voit toujours arriver des condamnés pour exécuter de courtes peines. Si on veut un réel changement, il faut une loi".

"Il faut dire que la prison est d'utilité sociale"

Un peu plus loin sur le trottoir, Pascal Moyon, directeur en Auvergne et délégué du syndicat, prône lui aussi une réflexion sur le sens de la peine. Et une autre communication : "On entend beaucoup de négatif sur la prison, mais il faut dire qu'elle est d'utilité sociale, qu'elle se doit de protéger la société. Des personnes y vivent 24 heures/24, d'autres y travaillent. Cela doit pouvoir se faire dans de bonnes conditions." Ceux qui demandent également une revalorisation "humaine et financière" du statut de directeur de prison dénoncent par ailleurs le sentiment d'insécurité au vu des récents événements de Réau et Sequedin. "Le personnel craint que cela ne se reproduise", lâche encore Jimmy Delliste. Avec quatre membres de son syndicat, il devait être reçu par le cabinet de la ministre mardi après-midi.

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Un débat pour la prison!

Un débat pour la prison!
Depuis plusieurs années, nous déplorons un malaise pénitentiaire profond qui s'est exprimé l'année dernière à l'occasion d'un mouvement social d'une ampleur inédite.
A ceux qui veulent bien nous entendre, nous expliquons que derrière les revendications sécuritaires et statutaires portées par les personnels pénitentiaires, nos agents hurlent le désarroi d'une profession en perte de repère et en quête de sens.
Le relevé de conclusion de janvier 2018 est venu appliquer un pansement temporaire sur une plaie béante tandis que nous pressentions que ce n'était pas fini.
Un an plus tard, les douleurs anciennes ont été facilement ravivées au lendemain des élections professionnelles. Et une fois de plus, derrière des revendications catégorielles sur fond de comparaison avec d'autres administrations régaliennes, nous percevons une quête de reconnaissance que la participation au défilé du 14 juillet ou la valorisation du renseignement pénitentiaire ne peuvent assouvir. Ces mesures «symboliques » selon la Ministre de la Justice, paraissent en effet bien insuffisantes pour convaincre les personnels de l'administration pénitentiaires de leur place en tant que troisième force de sécurité de la Nation.
D'où cette question lancinante : qu'attendent-ils vraiment ?
Pour répondre, nous pensons qu'il faut commencer par analyser le malaise qui ronge cette administration car ce n'est qu'en établissant un bon diagnostic que l'on peut prescrire les bons remèdes.
Les attentes sociales paradoxales qui pèsent tous les jours sur les agents de l'administration pénitentiaire et auxquelles chacun d'entre nous tente de répondre sont un premier facteur. Assurer la sécurité dans les détentions et prévenir la récidive tout en garantissant des conditions d'incarcération dignes dans nos établissements surpeuplés est le défi que nous relevons au quotidien. Mais chaque fait divers mettant en cause la sécurité publique ou la dignité de la personne détenue interroge le sens de notre mission.
Au pays des droits de l'homme, le contrôle social, institutionnel et politique est assez logique pour une administration dont la raison d'être est de mettre en œuvre la puissance régalienne dans son expression la plus coercitive. Les questionnements qui peuvent découler d'un fait divers sont donc parfaitement légitimes. Mais il n'en résulte pas moins que ces événements, souvent portés en place publique à des fins polémiques, sont vécus par les personnels pénitentiaires comme une mise en cause de leur engagement et provoquent en chacun de nous une perte de repères que rien ne vient réparer.
Dans le pilotage et la mise en œuvre au quotidien de notre mission, la commande politique et les consignes de l'administration centrale se heurtent aux réalités de terrain souvent mal connues ou comprises. Cela crée un fossé d'incompréhension entre les services déconcentrés et la Direction de l'administration pénitentiaire. Le lien de confiance réciproque, dès lors fragilisé, s'en trouve affecté de même que la cohésion d'ensemble qui devrait permettre à une administration exerçant des missions aussi sensibles de traverser sereinement les crises.
Cette absence de cohésion, nous pouvons parfois la retrouver sous des aspects différents au sein de nos structures et services. Souvent instrumentalisée, elle prend la forme d'une « lutte des classes » entre différentes catégories de personnels, alors qu'au final, lorsque l'on dépasse les clichés réciproques, on s'aperçoit que personne n'est nanti et que personne n'est à plus plaindre que l'autre. Nous sommes tous les dépositaires, à des degrés différents, d'une mission complexe qui nous expose et nous isole.
La violence, qu'elle soit physique ou psychologique, dans les relations vis à vis de la population pénale mais aussi parfois source de tensions dans les rapports hiérarchiques, est au cœur des préoccupations des personnels pénitentiaires parce que personne d'autre n'y est confronté comme nous le sommes. Elle est le quotidien du surveillant qui gère seul 80 à 120 détenus sur son étage. Elle est aussi le lot du Directeur confronté aux détenus les plus virulents ou à la détresse exprimée par ses personnels. Cette violence n'est que la conséquence logique d'une tension extrême des rapports sociaux bien plus complexes au sein de nos établissements qu'à l'extérieur.
La réglementation et la judiciarisation des relations dans nos établissements ne se traduisent pas par plus de civilité. Au delà des textes biens pensés, la détention a ses propres règles qui se heurtent à un cadre normatif institutionnel qu'il nous revient de faire appliquer, au besoin par la force. Car si nous sommes exposés à la violence de la population pénale, nous sommes aussi les dépositaires légitimes de celle de l’État de droit. L'impact sur les personnels pénitentiaires de cette exposition multifactorielle à la violence est souvent négligé, nourrissant un sentiment de colère et d'incompréhension.
Ces quelques éléments de réflexion viennent poser un début d'analyse sur le malaise pénitentiaire que nous subissons tous et qui nous est renvoyé par une société mal informée sur nos missions et nos métiers. Ils nous permettent d'établir un premier diagnostic : le mal est profond et ses causes multiples. Dès lors, la thérapie ne peut se limiter à la prescription ponctuelle d'anti-douleurs comme ce fut le cas jusqu'à présent.
C'est pourquoi FO Direction a proposé à plusieurs reprises la tenue d'états généraux de la prison et dénoncé le manque d'ambition des chantiers de la justice face aux enjeux pénitentiaires modernes. Ces chantiers étaient pourtant l'occasion de dessiner les contours d'une réforme de fond de notre administration au delà du renouvellement de la politique d'exécution et d'aménagement de la peine promise par la loi de programmation pour la justice.
Dans la pratique, nous restons confrontés aux mêmes interrogations sur l'adaptation des régimes de détention, la catégorisation des établissements, l'adaptation du parc pénitentiaire aux prises en charge, la cohérence et l'efficacité de la réglementation disciplinaire, la gestion des détenus violents, radicalisés ou atteints de troubles psychiatriques. Face à une population pénale toujours plus difficile, nous questionnons toujours le niveau de recrutement et la formation de nos personnels. Et si nous sommes également attachés « au rôle d'ascenseur social » de l'administration, nous savons néanmoins que la prise en charge de la population pénale suppose des aptitudes bien spécifiques et des compétences multiples, indispensables pour exercer nos missions sans danger. Affirmer le contraire serait totalement irresponsable.
Par ailleurs, nous sommes convaincus que les métiers pénitentiaires et les agents d'aujourd'hui ne sont pas ceux d'hier, ce qui implique une adaptation du management des équipes. Nous pensons qu'il est nécessaire de repenser les fonctions de chacun en terme d'autonomie et de responsabilité. Cette orientation gratifiante fait ses preuves dans les quartiers spécifiques (arrivants, mineurs, etc...) ou des agents en équipes dédiées, assurent une mission précise qui donne du sens à leur action et permet d'affirmer leur identité professionnelle.
Enfin nous attendons beaucoup des travaux sur l'organisation de la DAP qui doivent permettre à l'échelon central d'assurer pleinement sa mission politique, normative, prospective et d'expertise technique.

Questionner la mission de la prison en lien avec les attentes sociales, inventer de nouveaux modèles de prise en charge de la population pénale en s'appuyant sur l'expertise des personnels pénitentiaires, en déduire le rôle et les fonctions de chaque acteur de même que le niveau de recrutement et de formation, adapter le parc immobilier pénitentiaire en fonction de la mission et non des seuils de rentabilité ou du coût de gestion.

Puisque l'heure est aux grands débats, voilà quelques uns des sujets qu'il devient urgent d'aborder... Car la parole des professionnels, si l'on veut bien les associer au lieu de les utiliser comme les facteurs des messages tardifs à remettre ou les organisateurs de dernière minute du Grand Débat National complétera utilement les discours théoriques.

Nos actions

07 Fév 2019;
08:00AM - 05:00PM
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Rencontre interrégionale PARIS

Le 9 octobre 2018, FO DIRECTION a organisé une réunion interrégionale sur le ressort de Paris. 

Conduite par Sébastien NICOLAS, Secrétaire Général, accompagné par Ivan GOMBERT, Secrétaire National, cette rencontre s'est avérée riche en échanges.

Après un premier semestre principalement marqué par le mouvement social de début d'année, il était important que les collègues puissent s'exprimer librement : situation pendant le mouvement, gestion des personnels, gestion de l'après-crise (sanctions, récompenses, climat, ...).

A l'aube des élections professionnelles, les sujets à aborder étaient nombreux et variés : projet de loi pour la Justice, réalités du terrain, mobilité, évolution du statut, dispositif Lemaire, avancées, difficultés rencontrées, élections professionnelles... Les échanges ont été riches entre les participants.

D'autres réunions interrégionales se succèderont prochainement (Bordeaux/Toulouse/ENAP,Lille, Dijon, Marseille,  ...)

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