Source : Acteurs Publics

Une trentaine de directeurs de prison ont manifesté devant le ministère de la Justice, le 28 mai, pour dénoncer un manque de reconnaissance et demander une revalorisation de leurs conditions de travail.

Une trentaine de directeurs de prison et de services pénitentiaires se sont rassemblés près du ministère de la Justice, mardi 28 mai, pour dénoncer leurs conditions de travail et la surpopulation des prisons françaises. “Les conditions de gestion de nos établissements deviennent de plus en plus compliquées”, s’est alarmé Jimmy Delliste, secrétaire général du syndicat FO Direction, qui avait appelé à la manifestation et a rassemblé une poignée de chefs d’établissement en uniforme à quelques pas de la place Vendôme, dans le 1er arrondissement de Paris.

Une délégation a été reçue à la Chancellerie. “On nous a annoncé la présentation, sous quinze jours, d’un plan de sécurité dans les prisons et celle, en juillet au Conseil des ministres, du projet de loi de politique pénale sur la prévention de la récidive”, a indiqué Jimmy Delliste à l’issue de cette rencontre. Ce projet de loi doit permettre de rompre avec le “tout carcéral”, mettant en œuvre les propositions de la “conférence de consensus” organisée en février dernier avec le monde de la justice par la Chancellerie, avait annoncé la ministre de la Justice, Christiane Taubira.

Nouveau record d’incarcérations

Dans l’attente de ce texte, une circulaire diffusée en septembre dernier par Christiane Taubira afin d’inciter les magistrats à davantage d’alternatives à l’incarcération n’a “pas porté ses fruits”, à en croire Jimmy Delliste. “On voit toujours arriver des condamnés pour exécuter des peines de quinze jours ou trois semaines”, note Bernard Lévy, de la direction interrégionale des services pénitentiaires de la région Paca-Corse. Le nombre de détenus a battu début mai un nouveau record avec 67 839 personnes incarcérées, soit un taux d’occupation de 118,5 %.

La manifestation des directeurs de prison, fait très rare dans un corps soumis au droit de réserve, témoigne aussi d’un sentiment de “manque de reconnaissance”, selon André Fostier, directeur de la maison d’arrêt de Villefranche-sur-Saône (Rhône), voire de “solitude”, selon Valérie Mousseef, directrice adjointe du centre pénitentiaire du Pontet (Vaucluse). “Par exemple, nous n’avons aucune directive de notre ministère concernant la pratique des fouilles à nu systématiques que la loi pénitentiaire de 2009 a voulu supprimer sans nous donner les moyens de compenser cette mesure de sécurité”, a expliqué Valérie Mousseeff. “On laisse les directeurs se dépatouiller avec cette question des fouilles, sans leur fixer de cap”, a déploré Jimmy Delliste.

Des établissements condamnés

Plusieurs établissements ont été condamnés par la justice administrative ces derniers mois pour avoir continué à pratiquer ces fouilles, à la sortie des parloirs notamment. “Comment offrir des activités, du travail aux personnes incarcérées dans ces conditions ?” a demandé Bernard Lévy, selon lequel “1 000 détenus” dorment sur des matelas dans les prisons françaises, dont certaines sont “en cessation de paiement”.

Ces directeurs notent aussi une hausse du nombre d’actes de violence et de problèmes psychiatriques parmi les personnes incarcérées. “Si on ne prend pas un tournant radical de politique pénale pour moins incarcérer, alors il faut construire davantage de prisons”, a averti Jimmy Delliste. Le gouvernement a revu à la baisse les projets de construction de prisons de la précédente majorité, affirmant qu’ils n’étaient pas financés.

Dans ces conditions, les directeurs vivent d’autant plus mal les contraintes de leur statut (astreintes, logement, absence de droit de grève), dont ils demandent la revalorisation. Depuis plusieurs années, ce corps subit une véritable hémorragie : Valérie Mousseeff, qui affiche dix ans d’ancienneté, estime que “la moitié de (sa) promotion” de l’École nationale d’administration pénitentiaire exerce aujourd’hui d’autres fonctions.

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Un débat pour la prison!

Un débat pour la prison!
Depuis plusieurs années, nous déplorons un malaise pénitentiaire profond qui s'est exprimé l'année dernière à l'occasion d'un mouvement social d'une ampleur inédite.
A ceux qui veulent bien nous entendre, nous expliquons que derrière les revendications sécuritaires et statutaires portées par les personnels pénitentiaires, nos agents hurlent le désarroi d'une profession en perte de repère et en quête de sens.
Le relevé de conclusion de janvier 2018 est venu appliquer un pansement temporaire sur une plaie béante tandis que nous pressentions que ce n'était pas fini.
Un an plus tard, les douleurs anciennes ont été facilement ravivées au lendemain des élections professionnelles. Et une fois de plus, derrière des revendications catégorielles sur fond de comparaison avec d'autres administrations régaliennes, nous percevons une quête de reconnaissance que la participation au défilé du 14 juillet ou la valorisation du renseignement pénitentiaire ne peuvent assouvir. Ces mesures «symboliques » selon la Ministre de la Justice, paraissent en effet bien insuffisantes pour convaincre les personnels de l'administration pénitentiaires de leur place en tant que troisième force de sécurité de la Nation.
D'où cette question lancinante : qu'attendent-ils vraiment ?
Pour répondre, nous pensons qu'il faut commencer par analyser le malaise qui ronge cette administration car ce n'est qu'en établissant un bon diagnostic que l'on peut prescrire les bons remèdes.
Les attentes sociales paradoxales qui pèsent tous les jours sur les agents de l'administration pénitentiaire et auxquelles chacun d'entre nous tente de répondre sont un premier facteur. Assurer la sécurité dans les détentions et prévenir la récidive tout en garantissant des conditions d'incarcération dignes dans nos établissements surpeuplés est le défi que nous relevons au quotidien. Mais chaque fait divers mettant en cause la sécurité publique ou la dignité de la personne détenue interroge le sens de notre mission.
Au pays des droits de l'homme, le contrôle social, institutionnel et politique est assez logique pour une administration dont la raison d'être est de mettre en œuvre la puissance régalienne dans son expression la plus coercitive. Les questionnements qui peuvent découler d'un fait divers sont donc parfaitement légitimes. Mais il n'en résulte pas moins que ces événements, souvent portés en place publique à des fins polémiques, sont vécus par les personnels pénitentiaires comme une mise en cause de leur engagement et provoquent en chacun de nous une perte de repères que rien ne vient réparer.
Dans le pilotage et la mise en œuvre au quotidien de notre mission, la commande politique et les consignes de l'administration centrale se heurtent aux réalités de terrain souvent mal connues ou comprises. Cela crée un fossé d'incompréhension entre les services déconcentrés et la Direction de l'administration pénitentiaire. Le lien de confiance réciproque, dès lors fragilisé, s'en trouve affecté de même que la cohésion d'ensemble qui devrait permettre à une administration exerçant des missions aussi sensibles de traverser sereinement les crises.
Cette absence de cohésion, nous pouvons parfois la retrouver sous des aspects différents au sein de nos structures et services. Souvent instrumentalisée, elle prend la forme d'une « lutte des classes » entre différentes catégories de personnels, alors qu'au final, lorsque l'on dépasse les clichés réciproques, on s'aperçoit que personne n'est nanti et que personne n'est à plus plaindre que l'autre. Nous sommes tous les dépositaires, à des degrés différents, d'une mission complexe qui nous expose et nous isole.
La violence, qu'elle soit physique ou psychologique, dans les relations vis à vis de la population pénale mais aussi parfois source de tensions dans les rapports hiérarchiques, est au cœur des préoccupations des personnels pénitentiaires parce que personne d'autre n'y est confronté comme nous le sommes. Elle est le quotidien du surveillant qui gère seul 80 à 120 détenus sur son étage. Elle est aussi le lot du Directeur confronté aux détenus les plus virulents ou à la détresse exprimée par ses personnels. Cette violence n'est que la conséquence logique d'une tension extrême des rapports sociaux bien plus complexes au sein de nos établissements qu'à l'extérieur.
La réglementation et la judiciarisation des relations dans nos établissements ne se traduisent pas par plus de civilité. Au delà des textes biens pensés, la détention a ses propres règles qui se heurtent à un cadre normatif institutionnel qu'il nous revient de faire appliquer, au besoin par la force. Car si nous sommes exposés à la violence de la population pénale, nous sommes aussi les dépositaires légitimes de celle de l’État de droit. L'impact sur les personnels pénitentiaires de cette exposition multifactorielle à la violence est souvent négligé, nourrissant un sentiment de colère et d'incompréhension.
Ces quelques éléments de réflexion viennent poser un début d'analyse sur le malaise pénitentiaire que nous subissons tous et qui nous est renvoyé par une société mal informée sur nos missions et nos métiers. Ils nous permettent d'établir un premier diagnostic : le mal est profond et ses causes multiples. Dès lors, la thérapie ne peut se limiter à la prescription ponctuelle d'anti-douleurs comme ce fut le cas jusqu'à présent.
C'est pourquoi FO Direction a proposé à plusieurs reprises la tenue d'états généraux de la prison et dénoncé le manque d'ambition des chantiers de la justice face aux enjeux pénitentiaires modernes. Ces chantiers étaient pourtant l'occasion de dessiner les contours d'une réforme de fond de notre administration au delà du renouvellement de la politique d'exécution et d'aménagement de la peine promise par la loi de programmation pour la justice.
Dans la pratique, nous restons confrontés aux mêmes interrogations sur l'adaptation des régimes de détention, la catégorisation des établissements, l'adaptation du parc pénitentiaire aux prises en charge, la cohérence et l'efficacité de la réglementation disciplinaire, la gestion des détenus violents, radicalisés ou atteints de troubles psychiatriques. Face à une population pénale toujours plus difficile, nous questionnons toujours le niveau de recrutement et la formation de nos personnels. Et si nous sommes également attachés « au rôle d'ascenseur social » de l'administration, nous savons néanmoins que la prise en charge de la population pénale suppose des aptitudes bien spécifiques et des compétences multiples, indispensables pour exercer nos missions sans danger. Affirmer le contraire serait totalement irresponsable.
Par ailleurs, nous sommes convaincus que les métiers pénitentiaires et les agents d'aujourd'hui ne sont pas ceux d'hier, ce qui implique une adaptation du management des équipes. Nous pensons qu'il est nécessaire de repenser les fonctions de chacun en terme d'autonomie et de responsabilité. Cette orientation gratifiante fait ses preuves dans les quartiers spécifiques (arrivants, mineurs, etc...) ou des agents en équipes dédiées, assurent une mission précise qui donne du sens à leur action et permet d'affirmer leur identité professionnelle.
Enfin nous attendons beaucoup des travaux sur l'organisation de la DAP qui doivent permettre à l'échelon central d'assurer pleinement sa mission politique, normative, prospective et d'expertise technique.

Questionner la mission de la prison en lien avec les attentes sociales, inventer de nouveaux modèles de prise en charge de la population pénale en s'appuyant sur l'expertise des personnels pénitentiaires, en déduire le rôle et les fonctions de chaque acteur de même que le niveau de recrutement et de formation, adapter le parc immobilier pénitentiaire en fonction de la mission et non des seuils de rentabilité ou du coût de gestion.

Puisque l'heure est aux grands débats, voilà quelques uns des sujets qu'il devient urgent d'aborder... Car la parole des professionnels, si l'on veut bien les associer au lieu de les utiliser comme les facteurs des messages tardifs à remettre ou les organisateurs de dernière minute du Grand Débat National complétera utilement les discours théoriques.

Nos actions

07 Fév 2019;
08:00AM - 05:00PM
Tous à Matignon !

Rencontre interrégionale PARIS

Le 9 octobre 2018, FO DIRECTION a organisé une réunion interrégionale sur le ressort de Paris. 

Conduite par Sébastien NICOLAS, Secrétaire Général, accompagné par Ivan GOMBERT, Secrétaire National, cette rencontre s'est avérée riche en échanges.

Après un premier semestre principalement marqué par le mouvement social de début d'année, il était important que les collègues puissent s'exprimer librement : situation pendant le mouvement, gestion des personnels, gestion de l'après-crise (sanctions, récompenses, climat, ...).

A l'aube des élections professionnelles, les sujets à aborder étaient nombreux et variés : projet de loi pour la Justice, réalités du terrain, mobilité, évolution du statut, dispositif Lemaire, avancées, difficultés rencontrées, élections professionnelles... Les échanges ont été riches entre les participants.

D'autres réunions interrégionales se succèderont prochainement (Bordeaux/Toulouse/ENAP,Lille, Dijon, Marseille,  ...)

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